Publié en avril 2015 sous le titre « Our public water future : The global experience with remunicipalisation », l’ouvrage collectif est désormais disponible en français (« Eau publique, eau d’avenir – L’expérience mondiale de la remunicipalisation ») et s’inscrit dans la suite du rapport « Là pour durer: la remunicipalisation de l’eau, un phénomène global en plein essor » publié en novembre 2014 par le Transnational Institute (TNI), l’Unité de recherche internationale sur les services publics (PSIRU) et l’Observatoire des multinationales.

100 millions de personnes concernées

Durant les 15 dernières années, 235 cas de remunicipalisation (184 dans les pays à fort revenu contre 51 dans les pays pauvres) ont été recensés et sont mentionnés dans cet ouvrage. Cela concerne ainsi 37 pays et plus de 100 millions de citoyennes et citoyens. Un mouvement en faveur de la remunicipalisation des services liés à l’eau s’est donc créé dès la fin des années 90 (voir par exemple Victoria Chiu, « Vers la « remunicipalisation » du service public d’eau potable en France », Pyramides [En ligne], 25 | 2013, mis en ligne le 10 mars 2015, consulté le 14 décembre 2015).

Ce rapport arrive donc à un moment important puisque les remunicipalisations des services de l’eau sont en plein croissance dans le monde, ayant doublé entre 2010 et 2015 par rapport à la décennie 2000-2010. Entre la parution en anglais du rapport en avril et la version française, plusieurs villes ont par ailleurs choisi la voie de remunicipaliser leur services de distribution de l’eau. Il est possible de suivre cette évolution par le biais de site internet tel que remunicipalisation.org.

« L’eau, en tant que bien commun, ne peut être traitée comme une marchandise et doit relever d’une gestion publique. » ( Célia Blauer)

Un autre intérêt de ce document est que globalement, les privatisations ont plus été étudiées que les opérations inverses de retour à une gestion publique. Une brève recherche bibliographique montre que pour une publication relative à la remunicipalisation des services de l’eau, une centaine de publications sont produites sur les partenariats publics privés et sur la privatisation des mêmes services.

Des facteurs variés

Parmi les facteurs évoqués qui conduisent à la remunicipalisation des services dans le domaine de l’eau, on mentionnera la baisse de performance suite à la privatisation (ou la gestion déléguée), les problèmes de maintien de la valeur et de sous-investissements, les hausses des tarifs, le manque de transparence et les difficultés de gestion. A l’inverse, le retour à des mécaniques de gestion publique ont permis une plus grande simplicité organisationnelle et une meilleure mise en concurrence des entreprises pour la réalisation de travaux. Enfin, au delà du fait que les remunicipalisation ont souvent donné lieu à des débats passionnés en France, elles ne sont pas l’apanage de ce pays puisque tous les continents sont concernés, que ce soit Atlanta ou Indianapolis, Kuala Lumpur ou Jakarta, le Mozambique ou Dar es Salam, Berlin, Budapest ou tous ont changé leur mode de gestion de l’eau.

Par exemple, dans le cas de la ville de Paris, le retour à la régie publique a été des plus bénéfiques comme le montre le rapport de la chambre régionale des comptes CRC dans un rapport daté d’octobre 2014. Après avoir passé en 1985 la gestion de ses eaux à trois délégataires, Paris a pris la décision de remunicipaliser la distribution de l’eau dès 2009, soit à l’échéance des contrats. Le rapport met en avant que si la transition s’est avérée difficile les premières années, celle-ci est réussie, la régie disposant d’une excellente santé financière avec des tarifs ayant baissé de 8% environ.

« L’eau a en effet un impact direct sur la résilience des villes face au dérèglement climatique : gestion de l’eau et développement urbain sont intimement liés et nécessitent une approche globale, une vision d’ensemble. » ( Célia Blauer)

Organisé autour de neuf chapitres traitant de la remunicipalisation aux Etats-Unis ou de Jakarta et de l’Allemagne, l’ouvrage aborde aussi les questions qui se posent après le retour en main publique, les effets sur les travailleurs mais aussi sur les futurs dangers posés par les nouveaux accords de commerce. Dans sa préface inédite en français, Célia Blauel, Présidente de la régie Eau de Paris et d’Aqua Publica Europea donne pour sa part le ton.

A lire donc de toute urgence.
Sites internet:

L’observatoire des multinationales

transnationalinstitute

A lire également:

Poupeau Franck, « Défis et conflits de la remunicipalisation de l’eau. L’exemple de la concession de la Paz-El Alto, Bolivia», Revue Tiers Monde 3/2010 (n° 203) , p. 41-60

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